Vertes sont Bulette & Kro

Iris et cie

   Introduction :

         C’était l’anniversaire d’Iris, ma meilleure amie. C’était en avril, et les jours gris de l’hiver laissaient, peu à peu, place aux jours fleuries du printemps. Nous avions passé la journée ensemble : nous trainâmes les magasins, nous nous promenâmes dans des parcs. Vers 4 heures, fidèles à nos habitudes, nous étions allés manger une glace chez notre bon vieux glacier préféré.
Iris me paraissait soucieuse, et je voyais bien qu’elle essayait de le cacher. Nous parlions, comme des pipelettes, de tout et de rien. Nous avions fini notre glace. Je lui dis que l’addition était pour moi, elle me sourit et sortie. J’allais l’imiter lorsque je me pris le pied dans une chaise et tombai. Iris me regarda d’un air triste, comme si c‘était ma faute si je tombais tout le temps … En me relevant, je la vis qui traversait la rue. Elle, elle ne vit pas la voiture arriver. Je me mis à crier son nom et courais vers elle.
Les oiseaux chantaient, dans le square d’à côtés, les enfants riaient et là, sur l‘ asphalte, Iris gisait. Moi, à genou auprès d’elle, je pleurais. C’était comme dans un rêve, ou plutôt un cauchemar. Elle me regarda, du sang  s’échappa de ses lèvres, elle sortit de sa poche une petite boîte entouré d’un ruban. Car nous avions une coutume ; c’était celle qui fêtait son anniversaire, qui offrait un cadeau à l’autre.
Et ce samedi là, Iris rendit son dernier souffle.
Je ne sais si elle vit sa vie défiler devant ses yeux, mais moi, en lui tenant la main, je nous revis à la maternelle, où l’on c’était rencontré pour ne plus jamais nous quitter. Puis à l’école où l’on restait pendant toutes les récrées, allongées sur une table, à regarder les nuages passer. Au collège, rien ne changea et même les garçons ne purent nous séparer.
Les pompiers arrivèrent mais je le savais, c’était trop tard. Ils l’emmenèrent et me laissèrent là, avec mon cadeau dans la main. Je me sentais perdue, je ne pouvais pas imaginer ma vie sans Iris à mes côtés. Qu’allais-je devenir sans elle ? Et elle, qu’allait-elle devenir sans moi … En même temps, là où elle était, elle ne devait plus avoir besoin de moi.

         Cela faisait 2 jours que je n’avais plus de meilleure amie, et ce jour-là, j’étais tout de noir vêtue, comme on dit. Je m’étais levée très tôt et, alors que le soleil lui était à peine levé, je me promenais dans un champ. De très jolies fleurs sauvages y poussaient, Iris les adorait, alors j’en fis un bouquet. Des bleuets, de beaux coquelicots rouges et des marguerites étaient entourés de feuilles vertes appelées « mauvaises herbes », que je trouvai pour ma part, jolies. Iris appréciait les choses simples, elle aurait aimée ce bouquet. En passant devant un talus, mon cœur se sera, quelques fleurs avaient attirés mon regard, c’était des petites iris blanches. Je m’en approchai et prise de colère j’écrasai l’une d’entre d’elles avec mon pied. Les larmes me montèrent aux yeux, c’était injuste, j’en voulais à Iris de m’avoir laissée. Il est vrai, qu’à part elle, je n’avais pas vraiment d’autres amis, elle seule me suffisait … C’était peut-être égoïste de ma part, mais je ne pouvais m’empêcher de penser cela. Et tout en me morfondant sur les injustices de la vie, je rentrais en ville.
         J’aurai voulu que le jour des obsèques d’Iris, il pleuve, mais le ciel était splendide : bleu azur et aucun nuage à l’horizon. 9 heures. Il était temps, et pas question d’être en retard, je me hâtai vers un arrêt de bus, celui-ci arriva peu après. Cela me faisait bizarre de monter dans un bus sans être avec Iris. Je validai mon ticket sans vraiment m’en rendre compte et m’asseyais à ma place favorite, au fond, près de la fenêtre. Plus les arrêts passaient, plus mon cœur me faisait mal. Cimetière municipal, jamais je n’aurai pensé descendre à cet endroit. Il était 9h30 et j’étais pile à l’heure. Je n’avais pas souhaité assister à la cérémonie funèbre. Iris aurait détestée entendre un prêtre raconter des idioties sur la résurrection le jour de son enterrement.
         La famille et les amis étaient là, tous avaient l’air abattus, normal Iris était une fille formidable. Après avoir dit bonjour aux personnes que je connaissais par un regard sinistre, je me dirigeai vers sa mère. Je ne lui fis pas le coup de « Toutes mes condoléances », mais me contentai de la serrer dans mes bras, elle sanglota doucement contre mon épaule. Je fis de même avec son père. Le cercueil fut descendu, non sans difficulté, dans la fosse. Chacun y déposa quelques fleurs. Mon tour venu, je regardai mon bouquet, les coquelicots avaient pour la plupart perdus leurs pétale, une légère bourrasque les en dépouilla complètement. Les pétales flétris tombèrent sur le cercueil, je lâchai le bouquet. L’impression que la dernière chose qui me retenait à Iris était morte, s’insinua en moi comme un poignard. Je fus tentée d’aller rechercher les fleurs mais alors je me souvins. Dans ma poche, se trouvait le cadeau d’Iris, que je n’avais pas ouvert, je n’en avais pas eu le courage.  
         J’effleurai le ruban et un frisson me parcouru. Je regardai une dernière fois les fleurs et m’en allai de ce cimetière pas du tout sinistre, … non sans un regard en arrière. Quand on est jeune, on est parfois insouciant, on ne pense pas que la mort frappe partout, tout le temps. J’étais insouciante, je ne le serais plus jamais et comme on dit ; il faut profiter de la vie ! Alors je décidai de m’amuser un peut, mais voilà, comment s’amuser lorsqu’on a plus d’ami ? Ma soudaine bonne humeur  disparue aussitôt ; Je me demandais pourquoi je ressentais ce vide, mise à part une peu de colère, il n’y avait que du vide. N’aurais-je pas du ressentir une vive détresse ? Peut-être que c’était ce vide la détresse. Je ne comprenais pas. 

         Je passai devant un bar et j’entrais à l’intérieur. La porte passée, j’eu l’impression que l’atmosphère se figeai, comme dans les westerns, au moment où quelqu’un entre dans le saloon. Non, c’était mon imagination.  Je m’assis au bar comme si de rien était, le barman me regarda et commença à me faire la conversation :
- Eh bien, on s’est perdu jeune fille ?
- Eu … non, pas vraiment, serait-il possible de noyer mon chagrin, et c’est là que je me redemandais si je ressentais vraiment du chagrin, avec un peu de tout ? Demandais-je, franchement.
Il sourit, d’un sourire sincère qui me réchauffa le cœur. J’ajoutai :
- Ne croyez pas que c’est pour une vulgaire querelle d’amoureux …
- Cela se voit, vous avez une sale mine, me dit-il en posant un verre de limonade devant moi, vous savez un barman ne sert pas seulement a servir et à nettoyer les verres, racontez moi tout.
Je ne m’étais jamais confiée à un inconnu, je décidais qu’il y avait un début à tout.
- J’ai perdu une amie, elle s’appelait Iris. Elle avait les yeux bleus et de longs cheveux blonds. A tout instant de bonne humeur, elle était douce, gentille, jamais un mot plus haut que l’autre, c’était tout le contraire de moi, ma moitié. Je l’aimais. Sur ces mots je sortais le cadeau d’Iris, le barman, respectant mon silence, ne dit rien. Les doigts tremblants je tirai sur l’une des extrémités du ruban, la boîte m’apparut bien triste ainsi. Je déchiquetai le papier, j’adore faire ça, et en sortais un collier. C’était celui d’Iris, celui là même qu’elle gardait tout le temps, celui en argent avec une magnifique pierre bleue ! Elle l’adorait, le vénérait presque, et moi aussi d’ailleurs, comment avait-elle pu me l’offrir ? Le barman me coupa dans mes pensées :
- C’est une très jolie pierre que vous avez là, c’est elle qui vous l’a offerte n’est-ce pas ?
C’était une question qui n’attendait pas de réponse. J’enfilai le collier, soupirai. Je relevai la tête et lui fit un petite sourire timide.
- Voilà qui est mieux, il regarda sa montre, il se fait tard tu devrais rentrer chez toi, la limonade est pour moi ne t’inquiète pas.
Il m’avait tutoyé, je n’ai pas trop compris pourquoi.   
         Ce verre de limonade n’avait pas réussi à boucher le vide dans mon cœur. Oui, j’étais triste et mon cœur était léger, peut-être à cause de ce trou qui le traversait.  J’étais sur un trottoir, comme à mon avis bon nombres de gens sur terre, je rentrais chez moi.  
         Quand soudain …

  Chapitre premier :

            Un instant j’ai cru qu’elle était blonde, non, ses cheveux avaient de merveilleux reflets roux. Je souris seul dans mon coin, pour moi même et pour cette fille qui avait l’air si triste.
Elle marchait les yeux dans le vague, pas trop lentement, mais pas trop vite non plus ; comme si elle n’était attendue nul part. Elle était sans doute à ce moment là très malheureuse, et parfois, un sourire venait troubler son visage pale. Je ne savais pas si c’était les fines gouttes de pluie qui tombaient, ou si elle pleurait, peut-être les deux en même temps, une chose était certaine, de l’eau coulait le long de ses joues.
           Ce qui me poussa à aller la voir, à aller lui parler, moi qui suis si timide, je ne sais pas trop ce que c’est, mais je le remercie. Devant elle, mon assurance partit et je ne sus dire que « Salut… ». Silence. On se regardait, et je pus voir qu’elle avait les yeux vert, je faillis m’y perdre lorsque sa voix, douce et sonore à la fois me sortit de ce labyrinthe émeraude :
« Je ne crois pas que l’on se connaisse … »
Encore une fois, je ne sus que répondre, elle m’évita et continua son chemin comme si de rien n’était. Les joues rouges de honte et de colère, j’eus un instant l’envi de la rattraper, mais pour lui dire quoi ? Alors je la laissai partir de son pas nonchalant et je l’oubliai aussi vite qu’elle m’était apparue.
            Je rentrais chez moi, ce qui est un bien grand mot, je vivais chez mon grand-père. Il était chinois, et tenait un petit resto asiatique tout miteux. Enfaîte je suis l’exemple type du petit orphelin… Je n’ai jamais connus mes parents alors je ne me sens pas si orphelin que ça. C’est difficile à expliquer.
Je poussai la porte de « Fleurs d’Asie », mon grand-père, qui a l’oreille fine m’interpella :
 « Chen ! Ou étais-tu petit chenapan ? Viens m’aider à la cuisine ! »
Je détestais faire la cuisine, en tout cas la chinoise. Et puis faire du riz et des nems, jusqu'à pas d’heure, non merci. J’avais du travail moi. Et oui, j’étais lycéen, et comme tous les lycéens, j’avais des tonnes de devoir. Alors je ne lui répondais pas et montai à pas de loup dans ma chambre. Je pris mon livre de latin et ce bon vieux bouquin à lire en français. Un de ces classiques dont tout le monde parle, mais que personne n’a jamais lu. Je fourrai tous ça dans mon sac et redescendis l’escalier. Celui-ci chanta lorsque je posai mes pieds sur la dernière marche. J’étouffai un juron et parcourus les quelques mètres qui me séparaient de la sortie en courant.
            Enfin dans la rue, je pus profiter de la douceur de la soirée. La pluie avait cessé de tomber. Et tout en me dirigeant vers la forêt qui était toute proche , j’entendais les appelles de mon grand-père furieux. Je ricanais intérieurement.
            Il y a de ces jours où j’ai envi d’être seul, de regarder les étoiles et de marcher le nez en l’air entre les arbres. Ce soir là, j’étais un peu dans cet état d’esprit ; j’avais beau être mélancolique, je regardais le ciel en souriant.
Enfin, les feuilles mortes de l’automne, craquèrent sous mes pas et je dû bientôt me baisser pour éviter de nombreuses branches d’arbres.
La forêt était belle et mystérieuse, ce que j’aimais le plus dans ces moments là, c’était le silence, parsemé du bruit de ma marche, des feuilles bruissant sous le vent, et des chouettes qui s’enfuyaient sur mon passage.
Et la nuit était douce et claire, une nuit parfaite pour regarder les étoiles assis dans une clairière, pensais-je. Je me dirigeais alors, l’habitude aidant, à travers une forêt de plus en plus touffue. Je failli à plusieurs reprises m’étaler, dérapant sur une pierre glissante, mais à chaque fois, je réussi à me rattraper. Je soupirais d’aise ; mon grand-père aurait fait une syncope en me voyant arrivé tout crotté à l’aube du jour.
Je marchais depuis quelques minutes déjà, lorsque la clairière m’apparue. L’herbe était bien verte, et la fraîcheur de cet endroit était renforcée par le reste d’eau de pluie qui tapissait le sol d’une rosée bienveillante. Je m’arrêtai à la lisière pour savourer cet étrange sentiment de liberté mêlé à ce qui me sembla être de la peur.
            Je fis quelques pas sur cette herbe lorsqu’une voix que je reconnue aussitôt m’interpella : « Salut ». Elle s’approcha, sortant de l’ombre des arbres, souriant devant mon air surprit, et enchaîna : « On s’est déjà rencontré je crois, je m’appelle Sally et toi ? ».
J’expirais et inspirais calmement et avec ma voix la plus assurée, je répondais :
« Chen. Je suis désolé pour tout à l’heure, je t’ai peut-être fait peur, mais tu avais l’air si triste que j’ai voulu te consoler. »
Dire tout cela d’une traite sans bégayer ou chercher mes mots fut un vrai miracle. Elle me sourit et secoua légèrement la tête, faisant ainsi danser ses cheveux autours d’elle :
« Non, tu ne m’a pas fais peur, c’était plutôt le contraire, n’ais-je pas raison ? »
Son sourire malicieux commençait sérieusement à m’énerver, et je pris un accent chinois pour lui répondre :
« Non, pas du tout, Chen n’a peur de rien, pas même de la fille aux cheveux roux. »
Elle éclata de rire, me prit le bras et me conduisit au milieu de l’herbe. On s’assit en silence. Je m’appuyai en arrière sur mes mains, et elle m’imita. Nous restâmes ainsi à observer les étoiles pendant un assez long moment. Pour une fois, mes pensées n’étaient pas consacrées aux étoiles, je n’arrivais pas à les laisser vagabonder. Elles restaient fixées sur cette fille, Sally. J’avais réussi à trouver la Petite Ourse lorsqu’elle commença à parler, et une longue conversation commença.
            Elle parlait doucement, en faisant des pauses comme pour se souvenir, je l’écoutais sagement sans l’interrompre :
« Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai envi de te raconter ma vie. Peut-être est-on lié, je crois beaucoup aux signes, et l’on s’est rencontré deux fois, dans la même journée, et qui plus est, au milieu de cette forêt. C’est le destin, ou un simple hasard, on ne peut pas savoir. Mais ce que je sais, c’est que lorsque je t’ai vu, sous les arbres, ça m’a beaucoup surprise et mon côté superstitieux m’a persuadé que ce n’était pas une coïncidence. D’ailleurs, les coïncidences ont toujours un petit quelque chose de louche. Désolé, je parle trop, il faudra t’y faire. »
Qu’avait-elle voulue dire par là, je ne savais pas … cela m’intriguait fortement.
 « Pourquoi ? Je veux dire, pourquoi devrais-je m’y faire ? »
Elle me regarda surprise, puis haussa les épaules.
-  Je ne sais pas, j’ai dit cela comme ça, une intuition peut-être. Tu doutes que l’on devienne ami ?
Elle me fit alors un large sourire, puis son visage se cacha derrière le voile de tristesse que j’avais aperçue la première fois que je l’avais vu.
- Sally, sais-tu seulement pourquoi tu es si triste ?
L’avoir appelé, ainsi par son prénom, me donna l’impression de l’avoir toujours connu.
- Malheureusement, je sais pourquoi, mais, je ne sais pas comment vivre sans elle. J’ai perdu une amie. Parfois, au coin d’une rue, je crois l’entrevoir, mais il n’en n’est rien, alors mon cœur pleure. J’ai peur, Chen, aide-moi …
La fin de sa phrase, de son appel, était presque inaudible tant sa voix était pleine de détresse. Sally serrait le pendentif de son collier si fortement que les jointures de ses doigts blanchirent. Là, à genou, tenant son médaillon comme cela rapproché de son visage pâle, on aurait dit qu’elle priait tous les dieux miséricordieux. Elle avait les yeux quasi clos.
- Ce collier, c’était à elle ? Il est très beau, elle devait beaucoup t’aimer pour te faire un cadeau comme celui-là.
- Oui, il était bien à Iris. Cette pierre reflète son âme ; fragile comme de la porcelaine et aussi dur que du granite.
Elle fronça les sourcils et ajouta :
- Maintenant que j’y pense, tu n’es pas la première personne qui comprend que ce collier lui appartient, elle se mordit la lèvre, lui appartenait, étrange…
J’approuvais :
- Oui, les coïncidences, c’est louche.
            Je lui jeté un regard au coin, elle souriait, j’étais heureux, et l’impression de l’avoir toujours connu revient vers moi au galop. Un frisson me parcouru l’échine, j’essayais de me persuader que c’était à cause du froid lorsqu’un rire moqueur sortit des profondeurs de la forêt. Le temps sembla se figer, le silence, qui me semblait reposant, me paru d’un coup plus oppressant et aucun frisson ne vient me troubler, non je tremblai littéralement. Mon cœur me faisait mal, il battait très fort et j’avais l’impression d’être étouffé dans un étau.

Vos commentaires

1 Le Lundi 7 Mai 2007 à 20:41 GMT+2, par lele

c'est super cette histoire!!!!!!!!!!!!!!!!

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